Loin des hauteurs et du tumulte de La Paz, loin de la moderne Santa Cruz et loin de ce lac Titicaca, berceau magique de la grande civilisation Inca, se trouve un lieu où le mystère a trouvé
demeure et où la nature s’est armée de ses plus beaux outils pour nous peindre un des plus beaux tableaux du monde.
En haut des Andes, le soleil flamboie une dernière fois. Le ciel s’enflamme,
rougeoie et s’apprête à tomber derrière les imposants volcans qui délimitent l’horizon et qui plongeront eux-aussi dans cette voluptueuse obscurité de la nuit. Une à une, les étoiles donnent
signe de vie et s’agglutinent pour former ce ruban laiteux qui jusqu’alors ne m’était commun que par les livres. Malgré le spectacle et cette lumière imposante, mes paupières se ferment et je
tombe dans un profond sommeil qui ne sera que de courte durée. L’immensité du Salar d’Uyuni, l’île aux poissons, le vert des cactus sur ce blanc immaculé, ce ciel d’un bleu insaisissable, tout me
revient, tout défile dans cette tête qui s’apprête à enregistrer pour toujours ces moments inoubliables de la vie d’un homme.
Mais le film est vite écourté par le vent qui caresse ardemment les vitres voilées par le givre de la nuit et me rappelle qu’une nouvelle journée commence.
Après quelques kilomètres dans cette nuit glaciale, me voici devant les derniers signes de
civilisation humaine. Derniers signes pour l’humanité locale mais aussi pour moi qui entre à petits pas dans un autre monde. Au milieu des restes de
ces maisons abandonnées par les Incas s’élèvent encore les derniers cris des enfants, des femmes et des hommes qui n’ont pu y laisser que leurs âmes qui règnent encore dans ce lieu mystérieux.
Mais si ces esprits demeurent ici, moi, je dois poursuivre mon chemin.
La route est rude au milieu de ces montagnes dont les sommets semblent inatteignables et dont les formes sont dignes des surréalistes les plus célèbres. Les dégradés se multiplient et le sable rouge règne en maître, juste sali de parts et d’autres par quelques touffes d’herbe jaunâtre, brûlée par le soleil et le froid.
Soudain, le volcan Uturuncu se dresse devant moi et du haut de ses 6000 mètres
d’altitude, m’invite à suivre des yeux ces milliers de flamants roses qui s’ébattent dans les eaux bleutées de la Laguna Morejón. Leurs battements d’ailes et leurs cris m’accompagnent un instant
et s’emparent de mon âme qui flotte elle aussi au-dessus de ce paysage extraordinaire, où un lama égaré semble perturbé lui aussi par ce manteau de neige qui couvre les sommets des volcans
endormis.
Le chili. Me voici proche du Chili et de ce Licancabur majestueux qui en délimite la frontière avec la Bolivie et dont le reflet se dessine dans la Laguna Verde. Mais j’en resterai là, je ne foulerai pas le sol de Neruda ou de Violeta Parra. Ebahi, les yeux inondés d’émotion, le corps immobilisé par la grandeur de cette nature et l’esprit envahi par ce sentiment de vacuité et d’inexistence, je ne peux continuer. A partir de cet instant, je me tais et j’observe…
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