Non. Ce n’est pas le pacifique qui déferle ses vagues sur les escarpements de la grève d’une plage équatorienne. Ce ne sont pas non plus les derniers vestiges qu’aurait laissés un récent tremblement de terre dans les parages de Pisco. On en est bien loin d'ailleurs. Le long de cette large bande de sable, tout est calme et paisible. Seul le souffle du vent fait vibrer les derniers souvenirs de mon enfance bercée par ces flots, par les cris de l’albatros et par ces terribles orages d’été qui grondaient comme des babouins en furie, encerclés par ces barreaux pyrénéens qui s’érigent du fond de l’atlantique. En y pensant bien, je n’ai jamais été si près de vous puisque c’est au Pays basque que je vous emmène aujourd’hui.
Au loin, la mer. Un large drap de soie qui ondule sous les vents et qui au-delà de l’horizon et de la lutte, tombe épuisé sur les côtes de ce qu’on
appelle le Nouveau Monde. De là, tu le regardes et admires avec fascination, émerveillement et mélancolie, la variation de ses teintes en imaginant la rencontre de nos pensées perdues elles aussi
au milieu de cet océan hostile. Tu m’enlaces, tu caresses ma joue embaumée par les embruns, ton souffle effleure ma peau et tu déposes le sel de tes lèvres sur mes larmes de bonheur. De mon côté,
je reste plus pragmatique et je vois ce drap qui se lève peu à peu, qui gonfle et qui s’approche de moi. Je vois cette bande azur qui s’érige et qui se dresse face à notre amour. Je vois cette vague qui s’agite, qui blanchit de rage et qui vient déposer avec arrogance et mépris son écume sur la grève. C’est alors que tout
resurgit en moi. Proust avait ses madeleines pour se remémorer son enfance. Moi, j’ai le vent d’ouest qui poussent les eaux de l’atlantique sur le sablon doré du Pays basque et qui dégage des
effluves qui habitent encore mes éven
ts.
Mes pas foulent lourdement ce sable mouillé et mon regard ne quitte plus l’emblème de la ville : les Deux Jumeaux. Deux blocs de roche, si proches et toujours séparés par les flots. Voilà peut être également le symbole de notre histoire. Vous aussi vous me manquez quand je suis loin de vous, loin de ce fameux château d’Abaddie perché sur la crête à l’orée de cette lande splendide où des centaines de prétendants ont déclaré leur flamme à leur bien aimée.
Du haut de ce parc perdu dans l’herbe tendre fouettée par les vents, la vue est
superbe et je me souviens encore de ton émotion quand tu aperçus cette langue de terre où se trouve la ville de Fontarrabie. Qu’est-ce que tu l’aimais cette ville de pêcheurs ! Tu sais, le
Palais de Charles Quint et la Calle Mayor sont toujours aussi séduisants et notre maison conserve ses colombages et son balcon d’où tu humais souvent les odeurs des poivrons farcis et des
chipirons à l’encre à l’heure de la si
este. Et que dire du Jaizquibel ? Quand tu
es venu, tu te moquais de ce qu’on appelle ici montagne. En venant des Andes, il est certain que ça puisse paraître ridicule et pourtant, dans tes lettres tu n’as de cesse de me rappeler ta
nostalgie. Alors j’ai repris cette route qui longe les falaises abruptes qui se jettent dans l’océan furieux. Comme au jour d’antan, les troupeaux de moutons se sont mis sur mon passage et me
bloquèrent l’accès à Pasajes. Mais je ne vais pas m’en plaindre tant la vue sur les gorges est splendide. On comprend vraiment pourquoi avoir donné ce nom à cette ville : le
passage.
Ce passage, j’avais vraiment envie de le franchir pour te parler du vieux quartier de Donosti-Saint Sébastien, de la magnifique Concha et du Monte Urgull que tu adorais quand la brume l'enveloppait d'un voile mystérieux mais ce ne sont que quelques photos que je te propose. Elles vaudront beaucoup mieux que mes grands discours.
Bon pour rester dans le thème de notre site (enfin un minimum ), il est temps de vous parler désormais du rapport entre le Pays Basque et l'Amérique latine. En fait, après la "découverte" du Nouveau Monde, il fallait peupler ces terres et les plus nombreux à traverser le "charco" furent les basques. Dans un premier temps, on pourrait penser que leur force légendaire en soit la raison première. Mais il n'en est rien. Tout vient simplement du fait qu'à cette époque les basques naissaient d’office avec un titre de noblesse. Ils étaient les seuls de la péninsule à posséder cet avantage et comme la Couronne de Castille avait imposé que seuls les hidalgos pouvaient s'installer dans les Indes, on comprend pourquoi on rencontre encore aujourd'hui de nombreux Etxaberria, Sarratea, Gorricoechea ou autres sur le grand territoire américain dont je vous reparlerai dès demain!!!
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Toute passion vaut la peine d’être partagée et c’est chose faite aujourd’hui avec la création de ce
blog. Comme le titre vous l’indique, j’aimerais parler ici de ce qui occupe une place importante dans ma vie : le monde hispanique. Mais pourquoi un tel attrait ? Comment ce monde
s’est-il emparé de moi ?
Le sol ne tarda donc pas à être fouillé, retourné et les fruits de la
terre et des Dieux apparurent, donnant force et courage à ces pauvres paysans qui pouvaient enfin vivre en paix. Une paix qui s’installa pour longtemps dans ce petit coin perdu au sommet du
monde. Mais sur Terre, rien n’est éternel et encore moins le plaisir de vivre dans un monde serein, continuellement menacé par la convoitise et la bêtise humaine. Malgré les hauteurs, malgré les
intempéries et les maladies, ce petit village ne fut pas épargné par la cruauté de l’homme à barbe
Un jour, alors que je profitai
tranquillement des quelques rayons de soleil, j’entendis les pas traînants d’un enfant qui s’avançait vers moi. Pensif, il s’assit à mes côtés. « Sale marronnier, que t’arrive t-il ?
Crois-tu que c’est le moment de ne plus être large. Je t’en prie, donne-nous tes fruits ! Donne-nous à manger ! Je n’en puis plus, la faim m’obsède et me tiraille !! » Ce
spectacle me désola et mes larmes jaillirent de mes yeux. Le torrent fut si fort que je fus emportée par les flots jusqu’aux pieds nus du gamins : « je suis à toi maintenant!
Jusqu’alors tes compatriotes m’adoraient pour ma beauté et ma senteur mais désormais, toi et les tiens m’aduleront pour ma saveur ». C’en fut donc fini des châtaignes et le peuple pouvait
maintenant compter sur moi pour combler sa faim.
Vos avis. Un grand merci!