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La photo de la semaine

Amérique quand tu me tiens!!

            Toute passion vaut la peine d’être partagée et c’est chose faite aujourd’hui avec la création de ce blog. Comme le titre vous l’indique, j’aimerais parler ici de ce qui occupe une place importante dans ma vie : le monde hispanique. Mais pourquoi un tel attrait ? Comment ce monde s’est-il emparé de moi ? En fait, tout vient d’une enfance passée entre la France et cette Espagne que je vénérais et que j’idéalisais tant. Jamais je n’oublierai les odeurs qui envahissaient les ruelles de Hondarribia ! Jamais je ne cesserai de me remémorer ces villages médiévaux, cette Castille de Machado brûlée par le soleil de juillet. Jamais ne me quitteront les frissons que m’ont provoqués les tableaux de Goya, Vélasquez ou du Gréco. Et toujours je prendrai plaisir à lire et relire les plus belles pages de Cervantès, de Lorca ou de Galdos.  Tout n’était que fascination et quand il fut temps de choisir les études qui allaient peut-être me permettre de préparer ma future vie d’adulte, tout se bouscula et contre toute attente, adieu les désirs (et la fierté !) de peut-être devenir médecin, vétérinaire ou juriste. Seul m’importait l’enrichissement culturel et la possibilité de découvrir plus profondément ce monde hispanique que j’aimais tant. C’est alors que mes années universitaires m’ont comblé par l’étude de ces civilisations merveilleuses et de ces auteurs qui ont changé la face du monde des Lettres. Puis l’heure des voyages est venue et c’est stupéfait que j’ai mis une image sur l’anarchie mexicaine décrite par Carlos Fuentes, sur l’incroyable cité de Macchu Picchu, adulée dans les vers de Pablo Néruda ou sur ce Buenos Aires que Gardel évoque si souvent.C’est donc tout cela que je désire partager avec vous. Et ma plus grande joie serait de vous faire connaître ces peuples et ces contrées qui ne peuvent laisser quiconque indifférent. Je m’efforcerai donc de vous apporter un maximum de renseignements qui pourraient vous aider dans vos recherches ou tout simplement dans la préparation de vos futurs voyages. Pour le moindre doute, la moindre interrogation sur ce sub-continent, n’hésitez pas et contactez-moi. Cest avec plaisir que je tenterai de vous aider.

 

                                                                                  

                                                                               

L'Argentine

Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 03:15
      

          Avant d'arriver dans la Puna, dans ce désert de pierres, de sable et de sel et de se perdre parmi les tolas, les añaguas et autres yaretas, il nous faut monter, monter et monter encore. Ici, une maison d'adobe au toit de paille. Là, près du four à pain, des enfants rêveurs s'extasient devant cet homme blanc et son monstre rugissant qui s'élancent vers ces hauteurs hostiles, à la conquête d'un nouveau monde. Et puis plus rien, si ce n'est ces cactus immenses qui luttent contre le vent, le froid, le soleil et contre cette solitude séculaire qui les accompagne dans une bataille contre le temps.

   Ces "cardones", comme on les appelle ici, se dressent face à nous, fiers, presque insolents et nous laissent forcement pensifs.
 
                                                            Mais d'où viennent-ils donc?   

                                                        
       Il y a bien longtemps, perdu dans la majestuosité des Andes, Kiwayu aimait Pasacana. Pasacana adorait Kiwayu.

   Leur amour était si intense, si pur et si sincère qu'il en laissait plus d'un rêveur. Chacun eût voulu recevoir ces flèches qui avaient rendu ce couple si heureux.

   Mais dans ce monde, le bonheur n'est souvent qu'éphèmére et la soif du pouvoir est bien plus forte que la puissance de l'amour. Il fallut donc peu de temps pour que ces deux inséparables ne tombâssent dans la solitude la plus complète et dans une guerre de caciques sans précédent.

   Anéantis, meurtris de douleur et de chagrin, Kiwayu ne pouvait vivre ainsi et, sous un ciel étoilé, il convoqua sa belle pour s'enfuir dans les ténébres de la nuit andine.

   Tout n'était que bonheur et ils se croyaient sauvés. Pourtant leur absence inquièta les pères ennemis et les troupes ne tardèrent pas à les menacer à nouveau.

   Devant un tel danger, il ne restait qu'un seul recours : La Mère Terre.

 

      - Pachamama, je t'en conjure, libère-nous de ces monstres et laisse-nous vivre ce bonheur qui nous unit.

 

   A une telle demande, la déesse de la Terre ne put rester insensible, elle ouvrit donc son giron et y déposa Kiwayu qui se transforma en peu de temps en un cactus d'une force exceptionnelle. 

 

     - Quant à toi, Pasacana, tu ne seras jamais plus séparée de ton bien aimé car son corps est ta demeure et ses épines te protégeront à tout jamais.

 

   Cependant la Pachamama ne put empêcher que Pasacana, curieuse et coquette, ne sorte de temps en temps sous la forme d'une fleur pour profiter du soleil ou de l'éclat de la lune.

 

   Les Cardones qu'on rencontre aujourd'hui ne sont que les enfants des enfants de Kiwayu et Pasacana. Comme leurs ancêtres, ils ne connaissent ni frontière, ni nation, ils appartiennent simplement à la patrie qui les héberge et les protège : la Pachamama.


                  Après cette légende, il convient d'être un peu plus théorique et de prévenir les futurs voyageurs dans le nord argentin que cette belle histoire se transforme en cauchemar avec la disparition du cardon.

Pourquoi est-il en voie d'extinction?

Cette espèce de cactus possède un corps fait de bois très dur et depuis la nuit des temps, les Collas, les habitants locaux, utilisent ce bois pour faire les toits et les meubles. Avec l'arrivée massive des touristes, les artisans se sont mis à utiliser ce bois pour la fabrication de petits objets-souvenirs. Il y a donc une surexploitation du végétal.

De plus, la reproduction du cardon est assez difficile puisqu'elle nécessite un petit oiseau qui mange la graine et la rejette dans la broussaille où elle peut germer. Le problème, toujours le même. La pollution et l'utilisation des produits chimiques dans les champs ont conduit à la disparition de l'animal et la reproduction n'est plus assurée.

Depuis les années 90, le cardon est un végétal protégé par loi et son exploitation est officiellement interdite mais le braconnage existe et en achetant ces petits objets, vous participerez en peu plus à la disparition de ces végétaux.



Par Sébastien - Communauté : Amérique Latine - Voir les 8 commentaires
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /2009 16:33

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Salta la Belle s’éveille.


Les vingt-six degrés nous accablent déjà. Pas une brise, ni même un petit nuage d’espoir. Le colibri profite inlassablement de ces derniers moments de fraîcheur pour butiner les couronnes du jasmin dont la fragrance vient titiller mes évents, fervents amateurs de ces bouquets d’effluves andines.

De la nature, la fraîche, c’est vraiment tout ce que mon corps demande ce matin. Que donnerais-je pour admirer la platitude de l’Atlantique ? Que ferais-je pour entendre le bruit de ses vagues se déferlant impétueusement sur la grève foulée par les promeneurs du dimanche ? En fait, je ne ferai rien et je ne donnerais rien, j’ai tellement trouvé mieux…

            Du terminal de la ville, le bus de sept heures, le « colectivo » comme on le nomme ici, s'apprête. La foule bigarrée s’en approche et les langues, toutes les langues, se délient face à l’anarchie habituelle qui règne en maître ici. En quelques secondes, une vraie Babelle s’installe sur le quai et lui  donne un peu plus de vie que de coutume. Sur les visages cuivrés, souvent les moins expressifs, on peut lire les derniers signes de torpeur. Les visages blancs des « gringos », se réveillent quant à eux dans l’excitation de la découverte de l’i nconnu.

            Nos corps abattus par le sommeil s’installent, les moteurs vrombissent et nous voici partis, laissant derrière nous les dernières lueurs de la ville.  

            Malgré la chaleur de l’été, le mois de janvier apporte également son lot de pluies qui rendent les « cerros » [1] d’une beauté exceptionnelle. Les flancs verdoient,  les champs de maïs et de cannes à sucre se regorgent de cette eau bienfaisante qui leur redonne vie après les mois secs de l’hiver austral. Le ceibo, arbre cher au grand Neruda, fait éclater le rouge sang de ses fleurs comme pour montrer aux nouveaux-venus qu’il est encore le maître de la forêt américaine. Mais, peu à peu, comme nous, il disparaît sous cette exubérante frondaison tropicale peuplée de nuées de papillons virevoltant sans répit au gré de la brise parfumée.

            Mais tout à une fin et soudain, après avoir longé sur des kilomètres le Rio Grande et traversé la ville de Jujuy, le vent se lève et fouette avec force d’autres paysages. Tout se bouscule, la forêt tropicale disparaît pour laisser place à ces champs de cactus imposants qui, selon la légende seraient les âmes des indiens réincarnés en plante pour protéger la vallée, le vert s’efface sous une pierre rouge brûlée par les rayons du soleil, l’herbe meurt sous la terre bleue chargée de minerais de fer, et que dire de ces colonnes incommensurables qui s’élèvent dans les cieux en vous rappelant fièrement que vous n’êtes rien de plus sur cette terre qu’un de ces petits cailloutis qui n’ont de cesse d’être baladés par le vent et les eaux ruisselantes d’une averse d’été.

            Il me vient alors des mots que j’avais cru oubliés. Des vers que m’avaient nourri il y a quelques temps et qui rythmaient mes soirées de solitude et mes pensées funestes :

 
Dichoso el arbol que es apenas sensitivo                              Heureux cet arbre qui ne sent guère 
Y mas aun la piedra, porque ella ya no siente                      Et encore plus la pierre qui elle ne sent rien
Pues no hay dolor mas grande que el dolor de ser vivo,      Car il n'y a pas de douleur plus grande que celle d 'être vivant
Ni mayor pesadumbre que la vida consciente                      Ni plus grande douleur qu'être conscient de la vie 
Ser, y no ser nada, y ser sin rumbo cierto,                             Etre, et n'être rien, et être sans véritable but, 
Y el temor de haber sido, y un futuro terror,                         Et la peur d'avoir été, et une terreur future 
Y el espanto seguro de estar mañana muerto,                       Et l'effroi inévitable d'être mort demain 
Y sufrir por la vida y por la sombra y por                             Et souffrir pour la vie, et pour l'ombre et pour, 
Lo que no conocemos y apenas sospechamos,                      Ce que nous ne connaissons point et soupçonnons à peine, 
Y la carne que tienta con sus frescos racimos ,                      Et cette chair qui tâtonne avec ses frîches grappes  
Y la tumba que aguarda con sus funebres ramos,                Et cette tombe qui attend avec ses funèbres branches 
Y no saber adonde vamos,                                                      Et ne pas savoir où l'on va
Ni de donde venimos !                                                            Ni d'où nous venons!  

 
              Ces vers m’assaillent, ces vers me heurtent, ces vers me tuent. Et face à une telle terreur et une telle impuissance, je ferme les yeux et me résigne à une ultime pensée : je ne suis que moi et je ne suis rien.




Pour préparer votre séjour dans la Quebrada, cliquez ici
En attendant, voici quelques prises
 



[1] Dans la zone andine, le mot « cerro » signifie la montagne.

[2] Poème du moderniste Nicaraguayen Ruben Dario : « lo fatal »

Par Sébastien Poutrain - Communauté : Carnets-de-voyages - Voir les 24 commentaires
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