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En route pour l'Amerique latine

En route pour l'Amerique latine

Après avoir parcouru plusieurs pays d'Amérique latine, c'est à Salta que j'ai décidé d'exercer la profession de Guide Privé. Comme les paysages grandioses et les sourires des habitants des Andes, méritent mieux que les quelques minutes offertes par les agences, j'ai décidé de vous servir en vous proposant des excursions où vous êtes simplement LIBRES de votre temps et de vos envies. Vous partiperez donc à des moments qui, encore pour moi aujourd'hui restent des moments extraordinaires

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Une petite toile de Patagonie.


       Entre Buenos Aires et Bariloche, la route est longue. Les heures défilent mais le passage du temps ne semble pas gommer l'immobilité de l'espace. Une fois la nuit tombée, mes songes s'obscurcissent eux-aussi et c'est perdu au milieu d'une steppe fantasmagorique, qu'un rayon de soleil se met à illuminer mes pensées qui s'éveillent devant un tableau du monde que  jamais je n'oublierai. Après avoir beaucoup hésité à publier ce texte, dont le début me semble un peu trop maniéré, j'ai finalement décidé de vous en faire part en sachant pertinemment qu'il ne plaira pas à grand monde. Laissez-vous quand même porter par les émotions et tentez de me faire part de vos avis.

       Au grand dam d’Hélios, Uranus n’a toujours pas levé sa brise-bise et les rais peinent encore à faire chatoyer les oripeaux de la plaine. Balayés par le borée matutinal, les fétus frétillent de-ci de-là et escomptent avec empressement cet instant magique où la chaleur de l’astre jaunira leur brocart doré.

En attendant l’entrée du Grand Peintre, il faut se plier à la maladresse de son disciple impétueux qui pour les mettre en scène exige d’eux qu’ils se ploient, qu’ils se courbent et se prosternent sur cette scène altérée et rocailleuse où il ne cesse de bouffer.

Même si la féerie ne fait que commencer, les spectateurs se pressent et prennent place. Le balcon est pris d’assaut et les ramages des conures de Patagonie couvrent peu à peu le souffle du zéphyr.   

Tout est bouleversé. Ça tournoie. Ça virevolte. Même mes pensées se laissent aller à l’anarchie quand mon corps est caressé par la main d’Eole qui me ramène à ma propre existence. Existence, un bien grand mot quand on se trouve perdu dans cette nature indomptable, intouchable, impénétrable et presque innommable.  Exister signifierait-il être rien au milieu du néant ou être le néant au milieu de rien ? A vrai dire, Si Descartes eût connu l’Argentine, je suis certain que son « je pense donc je suis » aurait  acquis un autre sens.

Je ne serai donc rien pendant la traversée de cette pampa déconcertante. Une plaine d’or à la fois si proche et si distante de cet océan d’argent, simplement endiguée par les lointaines aiguilles de ces Andes enneigées. Même elles, si souvent majestueuses, si souvent maîtresses des lacs et des salines, elles ne semblent jouer ici qu’un second rôle, un rôle de second plan pourrait-on dire. Alors que l’homme, pour montrer sa puissance, et parfois même sa mégalomanie, s’est toujours efforcé et s’efforcera toujours d’élever ses créations au plus haut, même Eiffel, Napoléon,  Ramsès ou Shah Jahan n’auraient trouvé ici les moyens de satisfaire leur orgueil démesuré tant l’immensité de la platitude l’emporte sur cette verticalité pourtant colossale.

Soudain, les poils du premier pinceau solaire  viennent effleurer les brindilles qui ne demandent  que cette dorure pour couvrir leur nudité. Elles se redressent, s’extasient avec fierté et émerveillement pour remercier le soleil de leur apporter un peu de chaleur dans cet univers hostile. Et si elles ploient encore un peu c’est juste pour accueillir avec égard ce nandou désireux de participer au spectacle de la vie.

     Nonobstant, le spectacle est pour moi terminé. Un bruit sourd, un ronronnement grave et agressif me donne juste envie de me lever et de fuir vers cette pourpre plaine qui bien qu’inhospitalière est bien plus amène que ce bus.

Il aura fallu quelques mois pour que tout soit désormais figé et que le Grand Peintre puisse me  présenter son œuvre achevée. Ce Maître, ce n’est pas le soleil dont le travail ne fut qu’éphémère mais simplement ma mémoire qui, bien que défaillante parfois, est porteuse de toutes ces émotions que j’espère vous faire partager.

Publié le 05/11/2008 à 15h58 dans L'Argentine

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